Foot64.fr - Le magazine officiel du football amateur dans les Pyrénées Atlantiques
Bandeau resultats

L'entretien VESTIAIRES - Alain BLACHON : "Une équipe doit d'abord avoir une bonne assise défensive..."

Reprise. C'est l'une des problématiques rencontrées par les entraîneurs évoluant à un niveau amateur : comment et à quel moment introduire le travail tactique à l'entraînement de façon à ce qu'il tende vers le plan de jeu préconisé. Ancien adjoint de Guy Lacombe (Guingamp, Sochaux, PSG) aujourd'hui de Christophe Galtier (St-Etienne), Alain Blachon nous fait part de son immense expérience l'ayant mené, par ailleurs, de Conseiller Technique Départemental à directeur du centre de formation de l'ASSE, en passant par un poste d'entraîneur principal au Puy-en-Velay (CFA). (par J.G.)


Pour l'actuel adjoint des Verts, tout doit être prétexte à parler tactique avec vos joueurs...
Pour l'actuel adjoint des Verts, tout doit être prétexte à parler tactique avec vos joueurs...
Durant la préparation, à quel moment doit-on commencer à introduire le travail tactique, en lien avec le plan de jeu préconisé pour son équipe ?
Dès le début ! Même si ce n'est pas encore palpable ni visible, pour vous comme pour les joueurs, ces derniers vont très vite voir où vous voulez en venir.

Quand vous dites "dès le début", c'est dès les premières séances ?
Oui, car lorsque vous allez proposer un jeu de conservation pour travailler le physique, rien n'empêche de commencer à intégrer un travail de mise en place en rapport avec votre organisation. À condition de donner un sens au jeu de conservation, que ce soit une zone de stop-balle, des multi-buts…

En veillant, dès le départ, à mettre les joueurs à leur poste, du moins dans leur zone de prédilection ?
Complètement. En tant qu'entraîneur, vous devez savoir où vous allez, avoir un fil conducteur. C'est même essentiel. Le moindre exercice d'entraînement doit être l'opportunité pour vous de poser une pierre de plus à la construction de votre organisation.

Souvent, en début de saison, les joueurs se placent un peu comme ils veulent dans les petits matches…
C'est une erreur ! Dans chaque opposition, quel que soit le rapport numérique, les équipes doivent être constituées de façon cohérente. Les défenseurs jouent derrière, les milieux au milieu et les attaquants devant. C'est l'occasion aussi de commencer à associer des paires pour favoriser les automatismes. Faire travailler ensemble, par exemple, les deux défenseurs centraux, ou un joueur excentré avec un attaquant pour qu'ils commencent à prendre des habitudes, à réussir des combinaisons…

"Le moindre exercice d'entraînement doit être l'opportunité pour vous de poser une pierre de plus à la construction de votre organisation."

Un entraîneur qui arrive dans un nouveau club, sans connaître son effectif, doit-il aussi avoir une idée directrice ou attendre de cerner les profils de ses joueurs avant d'établir son fil conducteur ?
C'est rare d'arriver dans une équipe où l'on ne connaît absolument pas les joueurs… Mais cela peut arriver, surtout en amateur. Bref, on est là et on ne sait pas encore comment on va construire son équipe. La première chose, à mon avis, est donc de prendre des renseignements ici et là pour gagner du temps. Puis ne pas hésiter à échanger directement avec ses joueurs. Vous peaufinerez ensuite votre analyse à travers vos propres observations au cours des trois, quatre premières séances.

L'analyse et la prise en compte des différents profils de son équipe ne réclament pas plus de temps ?
Cela dépend, il y a des choses qui sautent aux yeux. Si vous avez un attaquant qui percute beaucoup et va à deux mille à l'heure, vous allez très vite opter pour un jeu direct à la récupération du ballon. Avoir un jeu léché, c'est bien, mais on est aussi dans la recherche de l'efficacité. Si on fait des passes mais qu'on ne se sert jamais de la vitesse de son attaquant, je ne vois pas l'intérêt. Par contre, à lui, on va lui apprendre à ne pas être hors-jeu. Et au passeur, à donner peut-être la balle un peu plus vite, en recherchant l'intervalle, la profondeur…

Après avoir travaillé avec Baup, Lacombe, Santini et Galtier, l'ancien CTD de la Loire a acquis quelques certitudes.
Après avoir travaillé avec Baup, Lacombe, Santini et Galtier, l'ancien CTD de la Loire a acquis quelques certitudes.
Il faut introduire le travail tactique dès la reprise, d'accord. Mais doit-on privilégier d'abord l'animation défensive ou offensive ?
D'une manière générale, pour avoir côtoyé des grands coaches, Guy Lacombe, Jacques Santini, mais aussi avoir entendu des gens comme Robert Herbin, j'ai été imprégné par cette culture qui consiste à dire qu'une équipe doit d'abord avoir une bonne assise défensive avant de chercher à construire le reste. Quand on a repris l'équipe avec Christophe (Galtier, Ndlr), celle-ci prenait beaucoup de buts. Les joueurs avaient perdu confiance. Notre première mission a donc été de faire en sorte d'arrêter l'hémorragie. Pourquoi ? Parce que si vous ne prenez pas de but, vous faites 0-0. Si vous faites 0-0, vous ne perdez pas le match. Et si vous ne perdez plus, la confiance commence à revenir. Et quand la confiance revient, vous tentez plus de choses sur le plan offensif. Et si vous tentez plus de choses offensivement, vous avez alors plus de chances de marquer un but et donc de gagner !

L'animation défensive est donc la pierre angulaire de l'organisation tactique prônée pour son équipe…
En quelque sorte, oui. Plus on va avancer dans la préparation, plus les thèmes de travail seront précis, en mettant nos quatre défenseurs en place. On va commencer par des exercices analytiques, à vide, à 11 contre 0 avec des plots, où il faudra se déplacer par rapport à des adversaires fictifs, monter sur les temps de passe, coulisser... "Quand le ballon est là, on se déplace comme ça, etc…". C'est un bon moyen aussi d'automatiser des circuits préférentiels, où l'on va chercher par exemple à fixer d'un côté pour renverser le jeu. Des thèmes que l'entraîneur aura envie de retrouver dans les matches amicaux dans un premier temps, puis en compétition.

Et après le travail analytique ?
Progressivement, on va mettre le ballon en jeu, puis on va faire des attaques/défense en travaillant avec une ligne, puis une deuxième...

"Transmettre aux joueurs la volonté de se déplacer et de travailler ensemble."

Travailler par ligne, c'est aussi travailler en fonction de son système de jeu. En amateur, de plus en plus d'éducateurs font jouer leur équipe en 4-3-3, par mimétisme avec le haut niveau, mais sans en maîtriser véritablement les subtilités ni posséder les joueurs adéquats à certains postes… Ne vaut-il mieux pas, pour commencer, partir sur 4-4-2 très rationnel pour les joueurs, quitte à le faire évoluer ensuite ?
Si, je suis d'accord. À un niveau amateur, on ne travaille pas sur le même degré de précision. Il faut donc commencer par avoir une approche globale de l'organisation. C'est-à-dire apprendre aux joueurs à se déplacer ensemble : remonter le bloc équipe quand l'adversaire recule, presser haut, se replacer à la perte…, des choses simples. Avec des joueurs de haut niveau, on est plus dans le détail, dans l'individualisation du travail, parce qu'une petite erreur de placement d'un joueur peut mettre l'équipe en péril, même si elle est bien organisée.

Ce n'est pas le cas en amateur…
Oui, parce que vous n'allez pas toujours affronter des adversaires capables de profiter de ces imperfections, de ces petites largesses. L'essentiel est d'avoir une organisation bien maîtrisée. Après, en effet, on peut la faire évoluer parce que la modification n'est pas énorme. Au lieu de jouer avec 2 attaquants, on en décroche un, on demande aux deux milieux axiaux de jouer un peu plus bas et on fait un 4-2-3-1… Ce ne sont que des ajustements.

Revenons sur l'approche tactique en début de saison. Les joueurs, surtout les jeunes, sont de plus en plus en quête de sens. Aussi, ne faut-il pas, dès la première ou deuxième séance, organiser une séance théorique, un tableau noir, pour leur expliquer ce qu'on va faire et vers quoi on veut tendre ?
Une à deux séances, cela me paraît un peu tôt. Il faut d'abord avoir une bonne sensibilité de l'équipe. Il vaut donc mieux laisser passer 5 à 6 séances. Ensuite, avant d'aborder des concepts plus précis, on peut les réunir en effet pour leur dire comment on va jouer et comment on va travailler pour rendre l'animation défensive et offensive plus performante. On peut aussi utiliser les nouvelles technologies, effectuer un montage à partir de matches de haut niveau. Ils vont adorer ça fera son effet.

Pour finir, outre l'organisation et l'animation défensive, sur quel thème tactique conseilleriez-vous à un entraîneur de se pencher en priorité à la reprise ?
Transmettre aux joueurs la volonté de se déplacer et de travailler ensemble. Il faut bien leur faire sentir que l'effort individuel est très important, certes, mais qu'il l'est en fonction de l'effort individuel de son partenaire ! Si on ne fait pas le même effort, ensemble, il y a de grandes chances pour que mon effort, même s'il est plein de bonne volonté, s'avère inutile voire peut-être même néfaste à mon équipe. Quand on travaille, on travaille tous ensemble ! Apprendre à regarder ce que fait l'autre et toujours se déplacer en fonction, en complément.

On est ici dans la lecture collective du jeu…
Exactement. Et c'est cette lecture collective qu'il faut permettre à l'équipe d'acquérir. Sur un déplacement de ballon d'une zone à une autre, chaque joueur doit savoir ce qu'il doit faire. Le plus proche va cadrer et ralentir l'action, et le joueur côté opposé doit faire 10 mètres, ne serait-ce qu'en marchant, pour revenir se replacer dans une zone où il va être utille à son équipe et au bloc équipe. Voilà, c'est vraiment faire sentir aux joueurs que l'animation, qu'elle soit offensive ou défensive, est aussi et surtout une affaire de collectif. On est dépendant des uns et des autres. Impossible de travailler chacun dans son coin.

propos recueillis par J.G.

L'entretien VESTIAIRES - Alain BLACHON : "Une équipe doit d'abord avoir une bonne assise défensive..."
ALAIN BLACHON
Né le 2 août 1952 à St-Etienne
Parcours : CTD de la Loire (1978-80), ASSE, éducateur (1984-85), Thonon les Bains, Lyon, ASSE, centre de formation et adjoint L1 (1992-96), Guingamp (1999-2002), Sochaux (2002-05), PSG (205-07), ASSE, centre de formation (2007-10), ASSE, adjoint (depuis 2010)


Samedi 10 Septembre 2011

Nouveau commentaire :