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L'entretien VESTIAIRES - Denis BERNARDEAU MOREAU : "Vers une notion de bénévoles professionnels..."

Le bénévolat est-il vraiment en crise ? Certes, la notion même d'engagement gratuit pour une cause, un club ou une association se heurte de plus en plus à une réalité sociale qui ne considère vraiment que ce qui rapporte. Dans ce contexte, être bénévole a souvent des relents péjoratifs qui freinent les plus motivés mais qui n'arrêtent pas le plus grand nombre toujours aussi nombreux à essayer de faire vivre nos clubs. Denis Bernardeau Moreau (maître de conférences à l'UFR STAPS de l'université de Paris-Est Marne-la-Vallée) et Gildas Loirant sont sociologues et ont notamment travaillé sur la problématique des dirigeants bénévoles de clubs sportifs. D’après eux, la (re)fidélisation des bénévoles passe par la refondation d’un projet collectif autour des valeurs associatives et sportives. (par Xavier Cerf)


Pour le sociologue Denis Bernardeau Moreau, le bénévolat doit être repensé...
Pour le sociologue Denis Bernardeau Moreau, le bénévolat doit être repensé...
Tout d’abord, quel jugement portez-vous sur la situation actuelle du bénévolat dans le football ?
Je ne pense pas qu’on puisse parler de crise, mais plutôt de mutation. Tout d’abord, le bénévolat ne se porte pas si mal que ça. S’il y a crise, elle n’est pas vraiment locale. Elle se situe davantage entre les bénévoles et leurs représentants nationaux, entre les moyens dont disposent les clubs professionnels et ceux des clubs amateurs. Entre ces deux niveaux, il y a un gouffre. Et beaucoup de clubs s’irritent d’un certain diktat fédéral.

Qu’entendez-vous par mutation du bénévolat ?
Il y a mutation dans la mesure où la notion de "bénévole professionnel" prend le pas sur celle de "bénévole amateur". Qu’est-ce que cela signifie ? Eh bien, l’évolution actuelle impose, de plus en plus, que les bénévoles utilisent leurs compétences professionnelles pour les appliquer, en quelque sorte, au sein du club où ils évoluent. Par exemple, on ne s’improvise pas comptable du jour au lendemain si on n’a pas de notions acquises par ailleurs. Idem pour les autres postes à responsabilités.

S’agit-il d’une réponse à la diversification des taches à laquelle est soumise aujourd’hui la majorité des bénévoles ?
Oui… Par ailleurs, la culture de performance, la nécessité de trouver d’autres formes de recettes que simplement les subventions territoriales s’imposent à la plupart des clubs aujourd’hui. En conséquence, les charges de travail deviennent lourdes à porter.

"Etre bénévole ne veut pas dire qu’on est incompétent. Etre professionnel ne signifie pas que seul l’argent intéresse."

L'entretien VESTIAIRES - Denis BERNARDEAU MOREAU : "Vers une notion de bénévoles professionnels..."
C’est donc en répartissant mieux les missions de chacun que le club va fidéliser ses bénévoles et gagner en efficacité ?
On peut voir les choses ainsi… Il faut en finir avec les tabous et les idées préconçues. Etre bénévole ne veut pas dire qu’on est incompétent. Etre professionnel ne signifie pas que seul l’argent intéresse. Il faut reconstruire un projet associatif autour de valeurs partagées par tous, chacun apportant son enthousiasme, sa passion et ses compétences.

C’est-à-dire ?
La vision traditionnelle que l’on a de l’association au sens large laisse peu à peu place à une organisation qui a vocation à ne plus être en partie dépendante des collectivités, et qui va elle-même développer ses propres réserves financières. Aujourd’hui, un club à plus à gagner à tenter de se développer localement, plutôt qu’à vouloir suivre les politiques nationales des fédérations, qui ne sont pas toujours adaptées aux réalités concrètes des associations locales. Pour redonner un sens à l’action des bénévoles, il faut reconstruire l’association autour d’un projet local, c’est-à-dire renouer avec des valeurs sportives, de solidarité, de coopération, etc… tout en faisant cohabiter les bénévoles et les salariés, les amateurs et les professionnels. N’oublions jamais que les bénévoles représentent bien souvent l’identité d’un club. Ils sont des repères indispensables dans l’optique de tout changement.

Une véritable politique de ressources humaines s’impose donc pour qu’une telle organisation fonctionne ?
Oui… Une politique de RH ne doit pas être considérée comme un gros mot au sein d’une association. Il faut en effet gérer les compétences, répartir les missions, créer de la cohérence et optimiser les ressources de chacun.

Estimez-vous que les clubs amateurs seront, un jour, dépendants de prestataires de services issus du monde marchand ?
Si on en arrive là, ce sera un échec. Les associations ont les ressources locales leurs permettant de se gérer elle-même et organiser leurs propres activités. Seulement, il faut accepter de partager les ressources et les responsabilités. Une seule chose reste indispensable : la passion du football et l’envie de la faire partager.

Propos recueillis par X.C.

L'entretien VESTIAIRES - Denis BERNARDEAU MOREAU : "Vers une notion de bénévoles professionnels..."
"IL N'Y A PAS DE DÉSAFFECTION MASSIVE DES BÉNÉVOLES"
Par Gildas LOIRAND, sociologue, auteur de la publication "Les paradoxes de la "professionnalisation'' des associations sportives"

"Toutes les enquêtes qui ont été faites à propos du bénévolat sportif, et à fortiori dans le monde du football, montrent qu’il n’y a pas véritablement de désaffection massive des bénévoles. Aujourd’hui, tout au plus, des gens qui seraient prêts à donner de leur temps, le font plus à destination d’associations culturelles, caritatives, etc… Et pour cause, le domaine du sport permet moins de s’engager sur la durée. Je ne parle pas là des dirigeants élus qui peuvent éventuellement enchaîner les mandats, mais des bénévoles de la base. Aujourd’hui, l’exigence de performance, de formation, et de compétence est telle que certains d’entre eux se lassent et préfèrent abandonner. Le temps que l’on donnait volontiers devient une contrainte. On ne va plus seulement consacrer ce dernier à son épanouissement personnel et à celui des autres, mais aussi à passer tel diplôme ou telle qualification pour être au niveau des exigences demandées… Or, les bénévoles qui sont là depuis plusieurs années ont tendance à refuser l’idée de se former, et sortent donc peu à peu du cercle. En effet, ils ne veulent pas, en plus de travailler 35 h par semaine, partir en formation à côté. Et ce sont le plus souvent les catégories populaires qui trinquent, ouvrier, employés… des gens qui ne sont pas forcément très diplômés mais qui donnaient de leur temps gracieusement au profit des équipes de jeunes de leur club, par passion et avec engouement."

"Les bénévoles ne savent plus à qui ils donnent de leur temps..."

"Par ailleurs, la promotion du résultat et de la compétition à tout prix fait que les joueurs des équipes les mieux classées ne sont plus des gens du coin. Certains sont même recrutés à l’étranger. Par conséquent, à un moment donné, les bénévoles ne savent plus à qui ils donnent de leur temps, même s’ils restent attachés à leur club. Quand ces derniers avaient le sentiment de participer à la vie locale, le modèle fonctionnait. Aujourd’hui, le réservoir se remplit par le bas avec de plus en plus d’étudiants, voire de jeunes diplômés, qui sont, eux, beaucoup plus à même d’accepter les injonctions de l’institution à se former. Mais, pour des raisons d’études ou d’opportunités professionnelles, ils ne restent pas longtemps. Il y a donc un ajustement à trouver entre ceux qui ont du temps à donner, mais qui n’ont pas forcément les compétences requises, et ceux qui les ont, mais qui ne restent que temporairement. D’après une enquête récente sur la structuration des associations sportives, plus on monte de niveau, plus les clubs sont organisés de manière rationnelle. Les compétences sont bien réparties, et on tend vers la spécialisation des fonctions. Qu’on se le dise, la fidélisation du bénévolat passe par le choix d’un tel fonctionnement. Bien entendu, nombre de clubs n’ont pas les moyens de rémunérer un salarié. Il convient donc dans ce cas de rendre l’engagement du bénévole perceptible, qu’il soit et se sente utile aux joueurs, aux jeunes, etc… Par ailleurs, il faut que les dirigeants de ces clubs aux moyens limités n’aient pas les yeux plus gros que le ventre, c’est-à-dire que les objectifs soient en adéquation avec les compétences des bénévoles à disposition. Sinon, il y a risque que ces derniers ne puissent plus suivre."

G.L.

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Samedi 28 Mai 2011

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